Lot 45
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DOLET, Étienne

Le Second Enfer d'Estienne Dolet, natif d'Orléans.
Qui sont certaines compositions faictes par luy mesmes, sur la justification de son second emprisonnement
Lyon (mais Troyes), 1544
LA VÉRITABLE ÉDITION ORIGINALE DU SECOND ENFER D'ÉTIENNE DOLET.
SEUL EXEMPLAIRE AUJOURD'HUI CONNU, ENCORE EN MAINS PRIVÉES, DU DERNIER LIVRE D'ÉTIENNE DOLET: CELUI QUI LUI COÛTA LA VIE.
EXEMPLAIRE D'AIMÉ MARTIN ET DU MARQUIS DE GANAY.
AUCUN EXEMPLAIRE DU SECOND ENFER AUX ÉTATS-UNIS ÉDITION ORIGINALE, PREMIÈRE ÉMISSION In-12 (126 x 80mm). Nombreuses initiales gravées sur bois, en blanc sur fond noir
COLLATION: A-F8, B4 mal signé C4, A2r-F8r paginé 3-95
CONTENU: A1 titre, A2v Au Lecteur, Apres l'Enfer de Dolet, tu trouveras deux Dialogues de Platon, A2r Estienne Dolet, à ses meilleurs & principaux Amys humble Salut, A4r Au très
Chrestien, et tres puissant Roy Francoys, B3r A Très illustre
Prince Monseigneur le duc d'Orléans, B5r A Monsieur le cardinal de Lorraine, B6r A Madame la duchesse d'Estempes, B8r A la Souveraine et vénérable court du Parlement de Paris, C4r Aux chefs de la Justice de Lyon, C6r A la Royne de Navarre, la seule Minerve de France, C7r A Monsieur le reverendissime cardinal de Tournon, C8r A ses Amys, D1r (seconde page de titre intermédiaire): Deux dialogues de Platon, philosophe divin et supernaturel... le tout nouvellement traduict en langue Fracoyse, par Estienne Dolet natif d'Orléans. 1544, D1r Estienne Dolet à ceulx de sa nation, D2r Dolet au Roy tres chrestien, D4r Du
Mespris et contentement de la mort, E6r De la Convoytise et affection de gaigner, F6r Aulcuns dicts & sentences notables de Platon, F8v marque typographique de Nicolle Paris
RELIURE SIGNÉE DE BAUZONNET. Maroquin vert bouteille, encadrement de filets estampés à froid, dos à nerfs, doublure de maroquin rouge avec roulette dorée en encadrement, tranches dorées

PROVENANCE: Aimé Martin, longue note autographe à l'encre sur les feuillets de garde (1 page ½, encre noire); A. Martin est l'auteur d'une Réhabilitation d'Étienne Dolet publiée en 1830 - marquis de Ganay (ex-libris armorié; décrit par L. Potier, Catalogue d'une petite collection de livres rares manuscrits et imprimés, Paris, 1877, n° 110, puis vente, cat. 1881, n° 109, vendu 1.000 frs à Durel)
RARETÉ: 1. Édition originale, pemière émission: un seul exemplaire aujourd'hui connu, celui-ci. Elle est homogène 2. Édition originale, seconde émission: USTC 15490 -- Longeon 251: un seul exemplaire connu, BnF digitalisé sur Gallica: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k713234/f61.item.zoom. Elle est homogène mais sans Platon, car avec Marot, et donc sans deux textes de Dolet 3. Édition originale, troisième émission: USTC 35668 -- Longeon 252: 2 exemplaires connus BM Versailles (Fonds Goujet) et Aix
Méjanes. Elle est hétérogène car elle annonce Marot dans l'avis Au lecteur et présente Platon. Elle est aussi, comme la précédente, sans deux textes de Dolet 4. Édition dite "lyonnaise": USTC 15489 -- Longeon 250: 4 exemplaires connus: Chantilly, Mazarine (Rés. 21994), Göttingen, Bibliothèque Nationale de Vienne (digitalisé: http://digital.onb.ac.at/OnbViewer/viewer.faces?doc=ABO_%2BZ155606807). Elle est mal imprimée et n'a pu recevoir l'assentiment de Dolet. Nombreuses fautes
Ce livre a obtenu son certificat d'exportation
Exemplaire un peu court de marges
L'apparition sur le marché de cet exemplaire Aimé Martin-marquis de Ganay, jusqu'alors confiné dans le secret des collections privées, permet de faire le point sur l'édition originale de ce texte, l'un des plus importants du XVIe, et de rétablir une hiérarchie jusqu'ici peu lisible. Une édition, pour être originale, doit présenter deux caractéristiques: être publiée du vivant de l'auteur et être reconnue par lui, c'est ce qu'on appelle l'aveu de l'auteur.
Le 6 janvier 1544, Dolet est arrêté chez lui à Lyon au milieu de sa famille tandis qu'il fête les Rois, après la découverte de deux ballots de livres étiquetés à son nom contenant l'un des livres jugés hérétiques imprimés à Genève, l'autre de livres imprimés par lui. Il fausse compagnie à ses geôliers dans des circonstances rocambolesques le 8 janvier lorsque le "messager" en charge de son transport à Paris, Jacques de Veaux, accepte sa demande de repasser par son domicile. Dolet s'enfuit alors au Piémont et devient une nouvelle fois tricard. Il connaît son destin et son risque. Dans l'épître "Au Roi" publié dans ce Second Enfer, il ne veut pas se voir condamné à l'errance et "enrollé au renc des scandaleux, / Des pertinax, obstinés, et mauldicts, / Qui vont semant des Livres interdicts"
Nombre de ses livres sont brûlés devant Notre-Dame de Paris le 14 février 1544. Depuis les montagnes du Piémont où il s'est retiré, Dolet "prépare une série de poèmes sur son emprisonnement auxquels il donna le nom de Second Enfer" (Copley Christie, p. 428). Ces épîtres sont au nombre de huit, encadrées par deux poèmes "à ses amys". Les dates imprimées ou évoquées, les événements du temps permettent d'établir la chronologie suivante. L'épître "Au Roy" (Ep. I) est sans doute achevée dès janvier 1544. Dolet demande à François Ier "d'évoquer" son affaire devant le Grand Conseil, c'est-à-dire de la soustraire au Parlement et à Mathieu Ory (qui le condamnera) pour la présenter devant les Gens du Roi, au Grand Conseil, qui très certainement l'absoudera comme il avait déjà absous certains protestants. Sinon, il se résout à implorer un nouveau pardon royal qui nécessitera au préalable la reconnaissance de sa culpabilité, lui qui se sait innocent. Pour finir, il offre son travail à venir au Roi "Vivre je veulx pour l'honneur de la France (...) / Et que je veulx mettre en degré extreme, / Par mes labeurs, soit comme traducteur, / Ou comme d'oeuvre (à moi propre) inventeur"
Dolet mentionne ici son travail de traducteur: "À la veille de son ultime procès, il avait traduit et imprimé les Epistres Familiaires (1542) et les Questions Tusculanes (1543) de Cicéron, ainsi que l'Axiochus et l'Hipparche attribués à Platon (1544)" (Longeon, Second Enfer, p. 86). Son projet d'une grande traduction de Platon est donc ici évoqué devant François Ier. Dolet tente alors de faire parvenir son épître au Roi grâce à plusieurs intermédiaires, celui de son troisième fils le duc d'Orléans, fils préféré de François Ier: "Le père au filz rien ne refuse" (Ep. II), celui de Jean de Guise, cardinal de Lorraine, ami des artistes et des poètes puisque proche de Baïf, Marot et Dorat (Ep. III), ou enfin par Anne de Pisseleu, duchesse d'Estampes et maîtresse du Roi depuis 1526 (Ep. IV; le v. 6 évoque une date de janvier ou février 1544). Dolet, sans doute éperdu et à cours d'argument, peut-être aussi devant le silence de ses démarches, sollicite alors la clémence du Parlement de Paris (Ep. V) puis celle de la Sénéchaussée de Lyon (Ep. VI).
Enfin, sans doute au début du printemps 1544, Dolet implore Marguerite de Navarre, soeur du Roi, rentrée en France depuis le 23 mars 1544 (Ep. VII). Dolet la sait à proximité de son frère qu'elle avait retrouvé le 4 mai: "Il te plaira au Roy faire prière". Marguerite de Navarre était déjà intervenue en faveur de Dolet après l'assassinat du peintre Compaing. À bout de recours, Dolet se tourne vers son ancien protecteur le cardinal de Tournon (Ep. VIII). Personnage politique le plus important du royaume, Tournon avait présenté Dolet au Roi en mars 1538 qui lui avait donné, en retour d'un don des Commentarii Linguae latinae, le fameux privilège de dix ans. Mais Tournon était devenu l'un des principaux acteurs de la lutte contre les Réformés et l'ami de l'inquisiteur Mathieu Ory, qui condamna Dolet.
Étienne Dolet décide alors de rentrer en France et d'imprimer le Second Enfer: Enfer car il s'agit comme l'a fait Marot de se plaindre des gens de justice, Second car il le publie plusieurs années après Marot. Ce sera le dernier livre de Dolet, à l'aventure bibliographique si complexe. Son ambition est de lier ensemble les différentes épîtres de son Enfer à un projet qui lui permettrait d'entrer dans le pardon du Roi: une grande traduction de Platon. Dolet profite du passage en Piémont des armées françaises de retour d'Italie. Elles se rendent vers le camp établi par François Ier en Champagne, près de Troyes. C'est là qu'il publiera son Second Enfer, chez l'imprimeur Nicolle Paris qu'il connaît depuis longtemps. Suivant l'armée, il passe par Lyon où une fois chez lui, il puise dans ses papiers, ce qu'il appelle son thrésor, les traductions de deux dialogues néo-platoniciens, l'Axiochus et l'Hipparche. Ce voyage de retour d'exil, il le raconte lui-même dans une nouvelle épître de Dolet au Roy Treschrestien: "Retournant dernièrement du Piedmont avec les bandes vieilles, pour avec icelles me conduire au camp que vous dressez en Champagne (Roi très chrétien), l'affection & l'amour paternel me permit, que passant près de Lyon, je ne misse tout hasard & danger en oubli, pour aller voir mon petit fils & visiter ma famille. Étant là quatre ou cinq jours (pour le contentement de mon esprit), ce ne fut sans déployer mes thrésors & prendre garde, s'il n'y avait rien de gâté ou perdu. Mes thrésors sont non or ou argent et pierreries (...) mais les efforts de mon esprit tant en Latin qu'en votre langue Française (...) je trouvai de fortune deux dialogues de Platon, par moi autrefois traduits et mis au net" (Second Enfer, pp. 52-53).
Ce texte constitue donc le lien factuel par lequel Dolet lie la publication des deux dialogues à sa première épître au Roi dans lequel il se présentait lui-même comme "traducteur" (cf. supra). Autre lien physique cette fois, car relevant de l'imprimerie elle-même, Dolet rédige un avis Au lecteur qu'il placera au verso de la page de titre: "Au lecteur. Après l'Enfer de Dolet, tu trouveras deux Dialogues de Platon" (p. 2; A1v). De même, dans l'épître de Dolet à ceulx de sa nation (p. 50), le poète-imprimeur annonce-t-il la publication de ses deux traductions.
Ainsi le livre est-il cousu. C'est ce livre qui le conduira au bûcher puisque Mathieu Ory et les autorités trouveront dans l'Axiochus cette fameuse phrase semblant condamner l'immortalité de l'âme: "après la mort tu ne seras plus rien du tout". Ce du tout inhabituel (cf. lot 46) ajouté aux autres accusations qui pesaient contre lui, décida de son triste sort.
Claude Longeon a établi autrefois un récit de l'impression du Second Enfer qui ne tient plus guère à l'examen de cet exemplaire. Dolet aurait envoyé son projet de livre à sa femme restée à Lyon, qui aurait maintenu l'atelier en fonctionnement. Elle aurait imprimé alors le Second Enfer sous une forme constituant la première édition que l'on connaît par quatre exemplaires: Chantilly, Mazarine (Rés. 21994), Göttingen, Bibliothèque Nationale de Vienne (USTC 15489 - Longeon 250). Or cette édition est éminent fautive, "hâtive" reconnaît même
Longeon. Si elle présente bien les dialogues de Platon, elle ne s'apparente en rien à une impression de Dolet: absence totale de lettrine, typographie malheureuse, erreurs dans les titres courants inconnues chez celui qui relisait si bien ses épreuves typographiques. Le titre courant "Au Roy" apparaît n'importe où.
Cette édition porte cependant une page de titre sans adresse donnant "Lyon 1544" comme lieu et date d'impression. Mais les dialogues de Platon commencent au milieu du cahier D et non pas sur un cahier nouveau.
De même que l'édition Ganay, cette édition est pourtant dotée d'une page de titre intermédiaire annonçant les deux dialogues de Platon et donnant comme lieu et date d'impression "Lyon 1544". Mais la laideur de l'ensemble de cette édition, le caractère compact de sa mise en page rendent absolument impossible son attribution à Étienne Dolet. Il n'a pu la choisir pour être présentée à François Ier (cf. la digitalisation de l'exemplaire de Vienne, http://digital.onb.ac.at/OnbViewer/viewer.faces?doc=ABO_%2BZ155606807). Il s'agit à l'évidence d'une malfaçon que Dolet ne pouvait reconnaître et peut-être même d'une contrefaçon postérieure.
Cet exemplaire Aimé Martin-Ganay a été évoqué à plusieurs reprises. Longeon l'a qualifié de "très étrange édition", "d'édition hybride" sans avoir même pu examiner ce livre qui lui était inaccessible. En effet, sur sa page de titre prend place la mention "À Lyon 1544 Avec privilège pour dix ans" tandis que la marque typographique de Nicolle Paris prend place au verso du dernier feuillet. Copley Christie prend appui sur cette "particularité très remarquable pour parler "d'exemplaire mélangé" tandis que Brunet plus perspicace reconnaît que cette édition Aimé
Martin-Ganay est "probablement plus ancienne que celles où les poésies de Marot se trouvent". Il avait raison.
Car ce livre est superbement imprimé, la pagination est continue et régulière. Les caractères typographiques et les initiales sont bien imprimés et aérés. La leçon du texte et des titres courants est impeccable. À la page 49 (premier feuillet du cahier D) débutent les Deux Dialogues, dialogues annoncés dès l'avis au lecteur situé au verso de la page de titre. Tout se présente comme un livre digne d'être présenté au Roi. À Troyes, chez Nicolle Paris, Étienne Dolet a fait imprimer ou a imprimé Enfer et Dialogues avec la marque d'imprimeur de Nicolle Paris à la fin, mais sans mettre directement son nom. Ici, l'aveu de l'auteur s'exerce dans la dextérité de l'imprimerie et constitue l'édition originale.
Il existe néanmoins une deuxième émission du Second Enfer portant cette fois le nom de Nicolle Paris sur la page de titre mais sans les dangereux dialogues de Platon qui ont conduit Dolet au bûcher. Nicolle Paris a dû sentir passer le vent du boulet. Platon a été en quelque sorte dégrafé de l'Enfer et remplacé, à la fin du cahier
C, par des textes de Marot jugés moins compromettants. Cette édition en seconde émission n'est connue qu'à un seul exemplaire, celui de la BnF en reliure du XVIIIe siècle (USTC 15490/Longeon 251, digitalisé sur Gallica: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k713234/f61.item.zoom). Le cahier A a été recomposé puisque le feuillet A4 ne présente pas la même initiale (un "M") et les vers qui la bordent ne sont pas disposés de la même façon. Cette édition en seconde émission est néanmoins homogène puisqu'au verso du titre l'avis au lecteur annonce les textes de Marot. On remarquera que toutes les émissions présentant les textes de Marot à la place des traductions des dialogues de Platon sont incomplètes de deux textes de Dolet: Estienne Dolet à ceulx de sa nation et Dolet au Roy tres chrestien.
Il existe enfin une troisième émission, cette fois hétérogène que l'on peut qualifier de tirage mixte. Elle reprend les dialogues de Platon mais le verso du titre n'a pas été modifié et annonce encore les textes de Marot. Le verso du dernier feuillet est blanc et ne présente pas la marque de Nicolle Paris. Il s'agit peut-être d'une fin de stock.
De cette troisième émission, on connaît deux exemplaires: celui de la Méjanes à Aix-en-Provence et celui de l'abbé Goujet à la Bibliothèque de Versailles en reliure du XVIIIe siècle (USTC 35668 - Longeon 252).
Le seul exemplaire homogène et complet, aujourd'hui connu, assumant une forme d'autographie typographique du projet d'Étienne Dolet (associer son Enfer à ses traductions de Platon) est l'exemplaire Aimé Martin-marquis de Ganay. Il est le seul témoin connu aujourd'hui, encore conservé en mains privées, de la suppression du poète-imprimeur.
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